Le Procès du chien était en 1916. En 1917, boubè Dvoïreh est tombée malade et mourut.
Avant sa mort ma mère accourut s'accusant de négligence pleurant, disant que c'était de sa faute, alors boubè Dvoïrè ouvrit les yeux et dit  "Ma chère enfant, ce n'est pas de ta faute,  c'était mon destin"  puis mourut.
C'était une personne merveilleuse. Comme elle était paralysée de la main droite, lorsqu'elle la portait à sa bouche, elle tremblait et renversait la nourriture. Elle ne voulait plus manger à table avec nous, pour ne pas nous gener et dit « Je vous aime de tout mon cœur mais je ne veux pas vous gâcher votre repas . Je préfère manger à part. » J'ai voulu manger avec elle, toujours, je n'ai jamais manqué un repas.
Alors elle me parlait : « Ma chère enfant, tu dois savoir que l'être humain traverse 7 bonnes   années dans sa vie, soit dans sa jeunesse soit au milieu de son parcours, soit vers la fin de son existence. Mais ensuite souviens-toi toujours, qu'il y a 7 mauvaises années .
N'envies pas ceux qui sont au dessus de toi, mais regarde ceux qui sont malheureux, lorsqu'un pauvre vient vers toi – donnes lui ton dernier morceau de pain, tu en auras d'autres.
«  Ma chère enfant, tu dois savoir que …... l'éternel, a de bons comptables, il ne rend pas les bienfaits tout de suite mais lorsqu'il le juge nécessaire – il envoie un Polonais avec un          chapeau rouge qui défendra ta cause. Tu ne dois envier personne, ne pas te venger contre   une mauvaise action, Tu dois bénir tous les hommes et toi aussi.
-Ces paroles de Boubè Dvoïrè me restent toujours en mémoire et j'agis toujours comme elle me l'a enseigné.
Elle est morte un vendredi d'automne,  avant les fêtes.  Il pleuvait,   il ventait, le ciel était sombre à 11 heure du matin. ( Chez nous en Pologne, on n'avait plus   le droit d'enterrer – car à 12 heures chez les morts c'est déjà fête.) ..... Que fait-on ?
On demande conseil au Rabbin. Quoi, dit il «  Deborah etait une sainte elle ira droit au paradis. On doit l'enterrer aujourd'hui.
La nouvelle s'est répandue vite, les gens se sont rassembles , à 13h le cortège funéraire était   prêt à partir. Je n'oublierai pas cette journée de toute ma vie .
Le soleil s'est mis à briller comme aux plus beaux jours d'été, le Rabbin, le Curé,   les magistrats, tout le village accompagnait le cortège jusqu'au cimetière.
(Chez nous il y a la coutume de mettre sur les yeux des morts des éclats de verre ou de   poterie afin de ne pas convoiter, et un cadenas sur la bouche pour ne pas médire )
Lorsqu'on découvrit le visage de Déborah, il était beau, coloré comme si elle dormait.
Mon Père Leîbech s'est mis en colère, ne permit pas qu'on lui couvre les yeux ni fermer la bouche. «  Ma tante n'a jamais été envieuse et n'a jamais médis «  puis jeta les tessons et le   cadnas.  Le soleil à brillé jusqu'a la mise en terre. Le Rabbin , le curé prirent la parole :
ma grand-mère était très aimée.

Quelques transmissions de ma grand-mère.

Ma mère avait le regret de n'avoir pas envoyé tous ses enfants faire de grandes études.
Dans les petits villages il n'y avait pas de lycée, donc il fallait avoir de l'argent pour les envoyer ailleurs. Il y eut en ces temps un grand antisémitisme en Pologne, la situation était   difficile, on disait : n'achetez pas chez les juifs. Ma grand-mère la consolait avec ces
paroles : Ma chère enfant, tu dois savoir – lorsqu'un homme est instruit, c'est normal,   c'est lui qui se débrouille pour faire vivre la famille et ramène de l'argent.
Une femme doit savoir bien lire et écrire, être une bonne mère une bonne épouse et   une bonne ménagère.

Ecoute mon enfant, il y aura un temps où les intellectuels se trouveront sur la paille

Aujourd'hui nous dormons dans des lits peu confortables mais avec des têtes tranquilles,   il viendra un temps où les hommes coucheront dans des lits luxueux recouverts de soie   avec des têtes torturées (fracassées )

Il arrivera un temps où les vivants envieront les morts.

Ca s'est passé comme ça, comme ma grand mère a dit .

Pour les intellectuels, il y eut le NUMERUS CLAUSUS.
On leur promit, s'ils s'engageaient dans l'armée polonaise , d'avoir accès à l'université   pour passer leurs examens. Alors tous voulurent entrer dans l'armée. On les envoya à YABLONNA (école militaire) en les laissant la bas sans instruction sans maniement d'armes  à végéter. Ils composèrent des chansons qui émurent le monde. On en a parlé.  On a laissé sortir certains juif. 1% a pu s'inscrire  à l'université et dans les grandes écoles à Varsovie.
Mon frère Marcus passa ½ doctorat d'ingénieur à Varsovie, puis mes parents l'envoyèrent en France pour finir son diplôme.  Mon frère Jakov termina ses études d'avocat à Varsovie .
Ma dernière sœur Rosette finit le Lycée à Plock
Moi, j'ai été jusqu'au brevet, et voulu apprendre un métier pour aider mes parents qui n'avaient plus les moyens pour mes études
J'ai commencé mon apprentissage dans la broderie chez Singer, comme j'étais douée, on m'a   prise comme instructrice. ( Celles qui achetaient une machine, pouvaient apprendre avec moi)
Avec ça j'ai pu aider mes parents.

Voici les quelques paroles de la chanson de l'école militaire de YABLONNA . Que je ne sais pas traduire parce que c'est en Polonnais en Phonétique ça donne ça ….
 
My obus Yablonna nadzeya plonna
Na stos na stos jouychilich my diplomoufs los.

 

            Marcus étais en France, fit venir Rosette qui avait terminé le lycée à Plock avec son bac en poche,  (elle voulait être médecin) . On l'envoyait en province
mais pas à Paris . Marcus n'avait pas les moyens de lui payer ces frais  ailleurs qu'à Paris,
Alors Rosette à travaillé dans les hôpitaux et  prenait tous les petits boulots qui se présentaient jusqu'à la déclaration de la Guerre. Elle était très active dans l'organisation sioniste (Khaloutza). En route j'avais oublié Khava (Eva) Je laisse tomber Rosette et reviens à l'ordre de naissance.
Khava était très douée pour les études, eut son diplôme de comptabilité. Comme nous avions un magasin où nous vendions  des gramophones, disques, vélos,  réparions toutes sortes de machines, même à coudre, elle s'en occupait

Mon père avait beaucoup de titres honorifiques : Il a été maire du village, greffier au tribunal, chef des pompiers . On l'appelait « le petit père des pauvres » il était très aimé.
Je me rappelle d'une affaire : entre un paysan et un métayer , la vache du paysan avait brouté l'herbe dans le champ du métayer . Mon père après avoir pris connaissance  de   l'affaire, dit au juge « Que le paysan soit fautif où non, je n'en sais rien, mais les pauvres on doit les aider » Il dit au paysan d'aller voir un avocat ( Zinger ) de sa part, pour plaider son affaire. Il gagna le procès.
Il n'y avait pas un vendredi que mon père n'invitat 3 ou 4 pauvres manger chez nous.
Le vendredi midi, le soir et samedi aussi. Lorsque c'était fête , par exemple Pourim, il y avait une grande pauvreté, les gens allaient dans les maisons faire une offrande.
Une assiette recouverte d'un linge dans laquelle il y avait une bricole.
Ma mère leur offrait de tout, à boire et à manger un peu d'argent. Nous avions chaque  année une vingtaine de visiteurs.
S'il y avait un mariage, mon père faisait dresser une table pour les pauvres dans la plus belle pièce. Voilà comment était mon père.

            Maintenant je vais vous parler de l'enfance de mon père Leybish.
Il voulait aller à l'école, mais en ce temps les juifs pensaient que cela ne servait à rien.  Son père voulait en faire un tailleur. Son seul soutien était sa mère. Tous les jours elle le guettait à la sortie de l'école, prenait ses livres et les cachait sous l'escalier dans le sac de linge sale pour que son père ne les découvrit pas.
Malgré cela, mon père finit les 3 classes de russe avec la médaille d'or du Tzar.

Comme nous avions une grande maison, et que la guerre éclata entre les Allemands et les Russes , elle fut réquisitionnée pour y loger un général et un officier ( du régiment de la Tzarine), et comme il y avait encore de la place, on y logea 5 Kozaks de plus.
Comme nous vivions en bonne entente, nous sommes devenus presque des amis.
Ils savaient que nous étions Juifs. Te rends tu compte ! Lorsqu'on à voulu envoyer les Juifs des petits villages à Varsovie, le général s'y opposa. Il proposa à mon père de l'emmener en Russie comme intendant de son régiment « parce qu'on a besoin de gens
honnêtes  comme toi « Mon père répondit qu'il ne voulait pas laisser sa famille, «  Mais tu la fera venir après ! » Alors mon père déclina l'offre.
Comme le général et l'officier se trouvaient bien chez nous, ils nous dirent que nous avions encore le temps pour déménager à Varsovie. Les kozaks furent envoyés en  en première ligne au front. Un autre kosak fut envoyé par sa logeuse voler du bois aux aux Juifs.

Il s'adresse à ma tante Dvoyrè «  Donne du bois !» - « d'où veux tu que je te donne du bois »
«  Gueule de Juive donne tout de suite du bois ! » Le Général l'a entendu, accourut en calçon et demandat, «  Qui t'a donné cet ordre ? » - «  Ma logeuse. » Elle était derrière la porte. Lorsque le kosak fut sorti avec fracas par le général de la maison,il se vengea sur sa logeuse en la frappant sur la tête pour qu'elle se souvienne du bois des juifs.

Quelques jours après accoururent les 2 kosaks du front pour  s'assurer que nous étions vivants. En retournant au front ils furent tous les deux tués. Nous avions beaucoup de peine.....Mais que faire ?
Jusqu'à présent, le Général et l'officier voulaient nous garder le plus longtemps possible près d'eux. Mais il y eut un grand bombardement. Le Général prit Rosette et
Yacov sur lui, dans un bras, et moi par la main , nous conduire chez l'oncle Maylekh où se sera plus tranquille. Arrivés près de l'église une bombe éclate, nous pensions que nous vivions nos derniers instants. Enfin nous arrivons à bon port sains et saufs.
Le lendemain le général et l'officier nous conseillèrent de partir. Cela devenait trop dangereux. Alors nous sommes parti pour Varsovie.
Le voyage, je ne vous dis pas, fut épique. Nous avions des chevaux qui ne voulaient pas avancer. L'oncle Maylekh, (père d'Aaron) prit les meilleurs chevaux, remplit la charrette de marchandise et partit. Nous laissant ( la famille nombreuse ) nous débrouiller seuls sur la route.Nous arrivâmes sains et saufs à Varsovie Un de nos amis (le père d'Aaron Bilgoraï) nous loua un appartement au 44 rue Guenche.
Imagine ce qu'est la Destinée ! Mon père est assis à table sur le balcon, on entend un petit
bruit d'impact dans la vitre, nous sortons, pensant que se sont des voyous . Il n' y a personne.
C'était un tir allemand, il y avait un trou  et une douille dans la couverture du lit près de la        tête du lit où père devait dormir. C'était en 1915. Quelques jours avant Pâques, nous rendent visite le général et l'officier du régiment de la Tzarine.Ne voyant pas ma mère ni ma sœur, ils sont inquiets. Lorsqu'elles arrivèrent (elles étaient aux bains) ce fut avec joie et soulagement   qu'ils les embrassèrent en disant que « des gens comme vous nous ne retrouveront plus. »
J'allais à l'école Peretz, Mais en 1916, on ne pouvait pas faire grand chose à Varsovie , alors nous sommes repartis. Sur la route, une fausse milice nous arrête, vide notre charrette, nous prend tout. La grand-mère était assise à l'arrière, malade, elle ne s'est même pas aperçue qu'on nous volait. Enfin nous rentrons à la maison à Wyszogrod.
Comme mon père était un agent de ( Singer ) il devait de temps en temps encaisser de l'argent. Nous avions un cheval ,  un cabriolet conduit par Stechek un ouvrier, et un chien qui s'appelait Matous. Avant la guerre il laisse le chien chez un ami à Botzanow (Chtzyguelsky) - « Si je reviens vivant, je te paierai ce que tu demandes pour la garde du chien et je le reprendrai. » La première chose que fit mon père fut d'aller à Botzanow récupérer le chien. Lorsque le chien vit mon père il lui fit la fête, on ne pouvait plus le séparer de lui. « Maintenant que je suis revenu, dis moi combien je te dois pour la garde du chien et rends le moi. » - «  Te le rendre ? Plutôt le tuer ! » - « Ne tue pas, nous allons nous départager au tribunal.  Tuer une bête, pourquoi ? » - «  Je ne veux pas que le jugement ait lieu à Wyszogrod car tu y travailles. Je veux qu'il soit à Plock. »
Mon père dit à Stechek « Va voler le chien,  amènes le au tribunal à Plock, il sera le meilleur témoin. » Chzyguelsky ne savait pas qu'on avait volé le chien, il arrive au tribunal, donne ses arguments. Le tour de mon père arrive, Il dit qu'il lui confia le chien au cas où il ne reviendrait pas et lui proposa de lui payer ce qu'il demandait pour sa garde. Il ne voulut pas le lui rendre, plutôt le tuer. « Si vous voulez savoir à qui le chien appartient, introduisez-le au tribunal. »
Dès que le chien vit mon père il lui sauta dessus.
Le juge dit - «  Maintenant que je sais à qui appartient le chien, si tu t'avises à faire du mal a Gmach où au chien, tu auras à faire à la justice . Tu aurais pu être payé, maintenant tu n'auras rien, tu as tout perdu. »
Cétait en 1916.